Aidons le Kurdistan à protéger yézidis et chrétiens, nos valeurs en dépendent

Le 8 septembre dernier, j’apportais ma signature à une tribune d’appel à soutenir les Kurdes. Alors que la ville de Kobane résiste encore aux assauts de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant, cette tribune est toujours d’actualité.

 

 

Par Lionel Jospin (ancien premier ministre), Michel Rocard (ancien premier ministre), Bernard Kouchner (ancien ministre des affaires étrangères) et Hubert Védrine (ancien ministre des affaires étrangères)

 

Depuis le mois de juin, le Kurdistan irakien accueille des centaines de milliers de réfugiés et déplacés fuyant les massacres des djihadistes de l’Etat islamique. Parmi eux, des dizaines de milliers de chrétiens, de yézidis, de shabaks et de membres d’autres minorités religieuses qui vivent depuis des siècles sur ces terres de haute Mésopotamie et qui, après avoir survécu aux persécutions et massacres de l’Empire ottoman et de la dictature sanguinaire de Saddam Hussein, sont à présent menacés dans leur existence.

 

RARE EXEMPLE DE DÉMOCRATIE

Venant après la vague de 250 000 réfugiés syriens, cet afflux massif dépasse les capacités d’accueil du gouvernement du Kurdistan qui n’a pas les moyens de subvenir seul aux besoins de cette population de plus d’un million de personnes. D’autant qu’il est, depuis janvier, privé de sa dotation budgétaire par le gouvernement de Bagdad et qu’il doit défendre plus de mille kilomètres de frontière contre les agressions de l’Etat islamique surarmé et riche.

Le Kurdistan est une jeune démocratie en marche qui respecte et défend les valeurs universelles de liberté, des droits de l’homme et de la protection des minorités. Son Parlement compte 36 % de femmes et son gouvernement d’union nationale rassemble l’ensemble des partis représentés au Parlement, y compris les chrétiens.

Ce rare exemple de démocratie en terre d’islam mérite non seulement un encouragement, mais une solidarité active et massive des citoyens et des gouvernements des démocraties occidentales.

 

En combattant les forces du califat autoproclamé de l’Etat islamique dont l’idéologie fanatique et les pratiques barbares nous révulsent, les Kurdes se battent aussi pour nos valeurs démocratiques et notre sécurité.

C’est pourquoi nous demandons : l’intensification de l’aide humanitaire des agences de l’ONU et de l’Union européenne, le Kurdistan étant dans l’impossibilité de répondre à l’accueil de ces centaines de milliers de réfugiés.

 

DES ARMES ET LES REVENUS DU PÉTROLE

Nous demandons également la concrétisation des annonces de livraison d’armes au gouvernement régional du Kurdistan afin qu’il puisse défendre son territoire.

Toutes mesures permettant au gouvernement régional du Kurdistan, seul en première ligne, d’assurer la protection des minorités religieuses menacées par les massacres djihadistes, notamment une protection aérienne internationale des districts chrétiens et yézidis de la plaine de Mossoul, afin de faciliter le retour de ces populations vulnérables.

A la France, qui a pris l’initiative de mobiliser l’Union européenne, nous demandons de proposer au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution permettant le paiement réel et effectif des 17 % des revenus du pétrole dévolus aux Kurdes par le gouvernement central à Bagdad, conformément à la Constitution irakienne.

Enfin, à l’Union européenne, nous demandons de mandater un envoyé spécial pouvant assurer la médiation directe et le dialogue national rompu entre Bagdad, les Kurdes, les communautés sunnites et chiites, et de mettre les pétromonarchies, qui directement ou indirectement laissent financer les organisations djihadistes, devant leurs responsabilités pour qu’elles participent largement au financement des actions humanitaires en cours.

 

Cette tribune est paru dans le journal Le Monde du 8 septembre 2014, retrouvez ici l’intégralité du texte.