3 Questions … au collectif « Pas Sans Nous »

Venus manifester devant l’Assemblée Nationale qui débattait de son budget, le Collectif Pas sans nous demande que 10% de la réserve parlementaire soit versée à des projets citoyens, dans les quartiers. L’occasion de poser 3 questions aux membres du collectif.

 

  1. Quel est le projet de la coordination nationale « Pas sans nous »?

La coordination nationale Pas sans nous a pour objectif la défense des droits et des intérêts communs des habitants des quartiers populaires sur l’ensemble du territoire français. Elle entend pour cela être une force de proposition et d’interpellation auprès des pouvoirs publics, notamment ceux en charge de la «politique de la ville». Elle entend être un porte-voix des habitants et acteurs des quartiers. Elle reprend les propositions du rapport « Pour une réforme radicale de la politique de la ville » et entend produire des propositions issues d’expériences locales,nationales et d’échanges entre acteurs, afin de faire évoluer la mise en œuvre de la politique de la ville.

 

  1. Pourquoi vous étiez à l’Assemblée Nationale hier ?

La coordination nationale Pas sans nous s’est rassemblée le mercredi 15 octobre devant l’Assemblée Nationale afin de remettre aux député-e-s français-e-s une pétition​ (1) demandant la création d’un « fonds d’interpellation citoyenne ». Ce fonds financerait toute initiative citoyenne locale ou nationale, contribuant au débat public. Le but est de soutenir la participation active de citoyens qui n’ont pas toujours les moyens de faire entendre leurs voix. Ce fonds soutiendrait ainsi le débat démocratique dans la société, sans rien coûter de plus aux contribuables français. Nous proposons en effet que ce soit un « pot commun » financé par  1% du financement public des partis politiques et 10% de la réserve parlementaire.

 

  1. Quelles suites pour ce projet ?

Lors de notre rassemblement devant l’assemblée nationale, nous avons pu remettre les pétitions au service du courrier de l’assemblée afin que l’ensemble des député-e-s puissent s’engager à soutenir ce fonds. Un des objectifs du fonds est d’éviter les dérives du système de subvention actuel, qui génèrent trop souvent des logiques clientélistes et partisanes. C’est pourquoi nous souhaitons organiser prochainement une conférence citoyenne afin de construire collectivement des règles de fonctionnement transparentes, équitables et démocratiques pour le futur fonds. Notamment en imposant la présence de citoyens dans sa gouvernance.

 

​(1) lien vers la pétition en ligne : http://www.change.org/p/gouvernement-fran%C3%A7ais-et-parlementaires-engagez-d%C3%A8s-aujourd-hui-la-cr%C3%A9ation-d-un-fonds-pour-l-interpellation-citoyenne​

Félipé, Le Festival du livre et de la presse d’écologie

Samedi 18 et dimanche 19 octobre à la Bellevilloise, 19-21 rue Boyer Paris 20e

Au programme du week-end, de nombreuses activités pour tous les âges : rencontres avec des auteurs, des journalistes, des éditeurs, échanges directs avec des femmes et des hommes politiques, et aussi, des Conférences, Tables rondes, Ateliers, Paroles d’auteurs, Dédicaces, Balades au jardin, Animations musicales, et remise de deux Prix littéraires. Bref, de quoi participer, dialoguer, réfléchir et apprendre des autres.
Libérer les énergies en cherchant ensemble des solutions : telle est l’ambition de cette 12e édition du Felipé.

> le site du Félipé

« Pour les musulmans » d’Edwy Plenel, un texte salutaire

Plenel-Pour-les-musulmans

On connaissait depuis de nombreuses années le talent d’Edwy Plenel à aller dénicher toutes les zones d’ombre de la République.

On savait sa pugnacité à défendre les enquêtes de son journal contre tous ses adversaires.

On partageait sa bataille pour une information libre et indépendante.

On entendait aussi son éloquence et sa détermination dans les occasions où il usait de la parole publique.

 

Pourtant son dernier ouvrage en surprendra plus d’un.

Tout d’abord parce qu’il vient briser une parole consensuelle et unanime à laquelle depuis plusieurs années nous sommes devenus habitués. Les discours politiques et médiatiques ont chacun, depuis le 11 Septembre 2001, désigné un nouvel adversaire aux démocraties occidentales.

Chacun s’est évertué à dénoncer un prétendu « ennemi de l’intérieur ». Les lois antiterroristes, à commencer par le Patriot Act américain, ont étendu ce domaine et il est désormais devenu monnaie courante de stigmatiser les minorités.

Au moment où ce livre paraît, cette actualité n’en est que plus grande. La guerre livrée à l’Etat islamique en Irak offre une nouvelle occasion à tous les zélotes de stigmatiser dans une catégorie englobante cet Islam, dont les bons pratiquants devraient aujourd’hui se démarquer ou se désolidariser.

 

C’est pour cela que le livre d’Ewy Plenel résonne comme un bol d’air frais. Il s’inscrit dans les pas de ces grands journalistes qui n’ont pas hésité à venir briser les consensus dangereux pour dire quelques vérités nécessaires.

Il cite d’ailleurs à de nombreuses reprises, le texte moins connu que « J’accuse » d’Emile Zola, qui écrivait en 1896, « Pour les juifs », travail nécessaire pour démystifier l’antisémitisme galopant qui gangrénait alors la société française.

 

Plus d’un siècle après, c’est le même devoir de vigilance qui est ici argumenté et détaillé.

Mais l’ouvrage ne se contente pas de manier une critique ou une dénonciation, il amène aussi la classe politique à remettre en cause ses certitudes et à s’interroger sur la définition du concept de laïcité et sur la place qu’elle accorde aux religions et au spirituel dans la vie publique. Cette interrogation qui est souvent bannie du débat intellectuelle, n’est pas envisagée pour soutenir les religions, ni se pour se bercer d’illusions sur le caractère autoritaire et répressif des régimes politiques qui n’ont que l’Islam à la bouche. Il nous rappelle simplement que la démocratie ne s’est jamais mieux portée que lorsqu’elle a épousée la diversité, et que cela en est même une condition intrinsèque.

 

A l’heure où le débat intellectuel se résume à la gloire toute zemourienne du suicide français ou à l’enfermement idéologique finkelkrautienne de l’identité malheureuse, cette parole à la suite des études de Fernand Braudel, nous rappelle que l’Identité de la France ne s’est jamais mieux portée que lorsqu’elle est riche de ses différences.

Aidons le Kurdistan à protéger yézidis et chrétiens, nos valeurs en dépendent

Le 8 septembre dernier, j’apportais ma signature à une tribune d’appel à soutenir les Kurdes. Alors que la ville de Kobane résiste encore aux assauts de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant, cette tribune est toujours d’actualité.

 

 

Par Lionel Jospin (ancien premier ministre), Michel Rocard (ancien premier ministre), Bernard Kouchner (ancien ministre des affaires étrangères) et Hubert Védrine (ancien ministre des affaires étrangères)

 

Depuis le mois de juin, le Kurdistan irakien accueille des centaines de milliers de réfugiés et déplacés fuyant les massacres des djihadistes de l’Etat islamique. Parmi eux, des dizaines de milliers de chrétiens, de yézidis, de shabaks et de membres d’autres minorités religieuses qui vivent depuis des siècles sur ces terres de haute Mésopotamie et qui, après avoir survécu aux persécutions et massacres de l’Empire ottoman et de la dictature sanguinaire de Saddam Hussein, sont à présent menacés dans leur existence.

 

RARE EXEMPLE DE DÉMOCRATIE

Venant après la vague de 250 000 réfugiés syriens, cet afflux massif dépasse les capacités d’accueil du gouvernement du Kurdistan qui n’a pas les moyens de subvenir seul aux besoins de cette population de plus d’un million de personnes. D’autant qu’il est, depuis janvier, privé de sa dotation budgétaire par le gouvernement de Bagdad et qu’il doit défendre plus de mille kilomètres de frontière contre les agressions de l’Etat islamique surarmé et riche.

Le Kurdistan est une jeune démocratie en marche qui respecte et défend les valeurs universelles de liberté, des droits de l’homme et de la protection des minorités. Son Parlement compte 36 % de femmes et son gouvernement d’union nationale rassemble l’ensemble des partis représentés au Parlement, y compris les chrétiens.

Ce rare exemple de démocratie en terre d’islam mérite non seulement un encouragement, mais une solidarité active et massive des citoyens et des gouvernements des démocraties occidentales.

 

En combattant les forces du califat autoproclamé de l’Etat islamique dont l’idéologie fanatique et les pratiques barbares nous révulsent, les Kurdes se battent aussi pour nos valeurs démocratiques et notre sécurité.

C’est pourquoi nous demandons : l’intensification de l’aide humanitaire des agences de l’ONU et de l’Union européenne, le Kurdistan étant dans l’impossibilité de répondre à l’accueil de ces centaines de milliers de réfugiés.

 

DES ARMES ET LES REVENUS DU PÉTROLE

Nous demandons également la concrétisation des annonces de livraison d’armes au gouvernement régional du Kurdistan afin qu’il puisse défendre son territoire.

Toutes mesures permettant au gouvernement régional du Kurdistan, seul en première ligne, d’assurer la protection des minorités religieuses menacées par les massacres djihadistes, notamment une protection aérienne internationale des districts chrétiens et yézidis de la plaine de Mossoul, afin de faciliter le retour de ces populations vulnérables.

A la France, qui a pris l’initiative de mobiliser l’Union européenne, nous demandons de proposer au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution permettant le paiement réel et effectif des 17 % des revenus du pétrole dévolus aux Kurdes par le gouvernement central à Bagdad, conformément à la Constitution irakienne.

Enfin, à l’Union européenne, nous demandons de mandater un envoyé spécial pouvant assurer la médiation directe et le dialogue national rompu entre Bagdad, les Kurdes, les communautés sunnites et chiites, et de mettre les pétromonarchies, qui directement ou indirectement laissent financer les organisations djihadistes, devant leurs responsabilités pour qu’elles participent largement au financement des actions humanitaires en cours.

 

Cette tribune est paru dans le journal Le Monde du 8 septembre 2014, retrouvez ici l’intégralité du texte.

L’écologie fait les frais d’une logique comptable du gouvernement

Dans une interview au Monde le 13 octobre 2014, Christian de Pertuis, professeur d’économie à Paris-Dauphine, a présenté sa démission du Comité pour la Fiscalité Ecologique (CFE) qu’il présidait. Nommé en décembre 2012 par Delphine Batho et Pierre Moscovici, alors respectivement ministres de l’écologie et de l’économie, c’est à Ségolène Royal et Michel Sapin qu’il a écrit, lundi 13 octobre, expliquant que « les travaux conduits par le Comité ne répondent plus aux priorités du gouvernement ».
C’est un nouveau signal, après la « suspension sine die » de l’écotaxe poids lourds par la ministre de l’écologie le 9 octobre.
La fiscalité environnementale n’est plus à la mode, malgré les difficultés budgétaires et la volonté indiquée par le chef de l’Etat, fin 2012, de financer à hauteur de 3 milliards d’euros le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) à l’horizon 2016 par le biais de cette fiscalité.

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview ci-dessous:

 

Pourquoi avez-vous démissionné de votre charge de président du CFE ?

Depuis huit mois, il n’y a plus d’attente des pouvoirs publics. Sur les réunions prévues du CFE, une seule s’est tenue. Après une session plénière, le 10 juillet, j’ai été reçu par Mme Royal. Je lui avais écrit, ainsi qu’à M. Sapin, pour leur demander s’ils souhaitaient « poursuivre, réorienter ou abandonner » les travaux du comité. J’ai fait des propositions concrètes d’élargissement de ses compétences, sur les certificats d’économie d’énergie, sur la question des intrants dans l’agriculture, etc. Je ne faisais pas ces propositions pour avoir plus de travail, mais parce qu’il me semblait important d’avoir une approche globale de la fiscalité environnementale. Mais je n’ai eu aucune réponse. Je ne vois plus comment faire évoluer les choses et je ne veux pas servir d’alibi. Je préfère donc rendre mon tablier.
La fiscalité écologique est-elle morte ?

Nous avons une ministre de l’écologie qui ne croit pas à la tarification environnementale et qui, d’emblée, à indiqué que la fiscalité était punitive. Or on ne réussira jamais la transition écologique sans une politique de tarification adaptée. Comment faire si on ne pénalise pas financièrement les nuisances environnementales ? Comment financer la rénovation de 500 000 logements ? Qui va payer le basculement énergétique ? Mme Royal dit ne pas vouloir d’écologie punitive, mais comment agir sur les comportements sans un signal prix ? Au CFE, nous avons travaillé avec toutes les parties prenantes (associations, entreprises, syndicats, consommateurs, élus, représentants des administrations) pour proposer une fiscalité environnementale, progressive et, surtout, substitutive, c’est-à-dire qu’elle remplace d’autres impôts et ne s’ajoute pas.
Mais le chef de l’Etat et le gouvernement ont mis en place ou proposé des taxes comme l’augmentation de 2 centimes sur le litre de diesel…

Il s’agit d’une logique comptable, pour faire rentrer de l’argent, en particulier pour financer les infrastructures et remplacer les sommes que l’écotaxe, supprimée par Mme Royal, aurait générées. Nous ne sommes plus dans une logique comportementale et environnementale. En quoi vouloir ponctionner les sociétés d’autoroute, comme la ministre prétend le faire, changera les us et les modes de transport ? Il y a un retour de bâton terrible et l’écologie en fait les frais. En réalité, le gouvernement est sous la pression d’un ras-le-bol fiscal et n’assume pas une politique qu’il faut expliquer, justifier. Si aucune pédagogie, aucune transparence ne sont exercées sur les choix en matière de fiscalité, on ne peut pas avancer.

Même la taxe carbone qui a été votée dans le cadre d’une loi de finances n’est pas assumée. Aucune communication n’a été vraiment faite, par exemple, sur l’augmentation de la tonne de carbone de 7 euros à 14,50 euros en 2015, puis 22 euros en 2016. Cette taxation du carbone est pourtant un élément positif de notre bilan.

Justement, quel est le bilan du CFE ?

Nous avons bien travaillé la première année, en 2013. Certaines de nos propositions au gouvernement pour le projet de loi de finances 2014 ont été reprises. Si la fiscalité sur le diesel n’a pas été augmentée comme nous le préconisions, nous avons obtenu la réintroduction d’une « assiette carbone » pour les ménages et les entreprises.

La deuxième année, nous avons encore fait des propositions, notamment sur la fiscalité des déchets. Mais, et je crois que c’est le plus important, avec le CFE nous avions réussi à installer un espace de dialogue, de concertation entre des parties très divergentes. Même si le consensus n’était pas toujours au rendez-vous. Sur certains dossiers comme l’eau, les nitrates, nous avions commencé à travailler. Et d’autres chantiers nous attendait, comme la réforme du système de soutien aux énergies renouvelables. Est-il normal ou souhaitable de traiter les bioénergies (biogaz, biomasse, etc.) comme les énergies fossiles ?

Et pour le projet de loi de finances 2015 ?

Nous n’avons même pas été sollicités ou consultés. Un signe que la fiscalité environnementale sur laquelle nous étions missionnés n’est plus à l’ordre du jour.
Rémi Barroux, journaliste au Monde

Conflits d’intérêt : Miguel Cañete ne doit pas devenir Commissaire européen !

Je vous livre la tribune de mes collègues écologistes du Parlement Européen quant à la triste nomination de Miguel Cañete au poste de commissaire européen Climat et Energie.

 

L’éthique en politique est une exigence de chaque instant. L’Europe n’y échappe pas. Le résultat de l’extrême droite et de certains populismes dans plusieurs pays européens ne dit rien d’autre. La crise démocratique s’accentue et nous risquons d’échouer à redonner espoir à des millions de femmes et d’hommes.
Ceux qui prétendent que l’on peut faire comme si de rien n’était ne comprennent rien à la période. Le discrédit de la classe politique ouvre la porte à toutes les aventures. Le cocktail composé par le maintien au niveau du continent d’une politique d’austérité et le délitement du lien de confiance entre le peuple et ses politiques est explosif.
La connivence entre lobbys –notamment énergétique- et une partie de la classe politique est de plus en plus évident et insupportable. Cela fait prospérer ceux qui jouent du triptyque souffrance sociale – dénonciation des élites – repli antieuropéen.
UN COUP DE SEMONCE
C’est dans ce contexte que la proposition de nommer Monsieur Miguel Arias Cañete au poste de Commissaire en charge du climat et de l’énergie sonne comme un coup de semonce. La lettre des traités européens est pourtant claire : « Les membres de la Commission sont choisis en raison de leurs compétences générales, de leur engagement européen et parmi des personnalités offrant toutes les garanties d’indépendance ».
Mais que reproche-t-on à cet ancien ministre et poids lourd de la droite espagnole ? Au-delà de propos sexistes inacceptables et de sa participation à l’un des gouvernements européens les plus hostiles aux énergies renouvelables, la candidature de M. Cañete soulève de possibles et très sérieux conflits d’intérêts.
Au cœur des soupçons, les liens entretenus, entre autres, avec deux compagnies pétrolières qu’il a lui-même fondé, Petrolifera Ducar et Petrologis Canarias. L’ambition écologiste de la Commission Juncker était déjà bien faible, c’est aujourd’hui sa probité qui est remise en cause.
MONTAGES FISCAUX ET SOCIÉTÉ ÉCRAN
En effet, bien que M. Cañete, et semble-t-il, son épouse et son fils aient revendu le 18 septembre dernier leurs parts personnelles, les soupçons se renforcent. Ni plus ni moins que deux de ses beau-frères contrôlent ces compagnies.
Il existe de plus des soupçons de dissimulation d’intérêts personnels et de famille, via des montages fiscaux, vers une société écran (Havorad BV) basée aux Pays-Bas. À travers cette entreprise écran, la famille proche de M. Cañete possède également un tiers de la filiale panaméenne de CEPSA, géant pétrolier espagnol!
A ce stade, si rien ne confirme le caractère illégal de ses activités, les questions s’accumulent. Quels revenus tire sa famille de ces participations ? Pourquoi avoir fait appel à de tels montages opaques ? A qui M. Cañete a-t-il revendu ses parts ?
Y-a-t-il eu volonté de frauder le fisc espagnol? Et enfin, est-il possible qu’une personne étroitement liée au secteur pétrolier et sensé mener à bien la lutte au nom de l’Union Européenne contre le changement climatique puisse offrir « toutes les garanties d’indépendance » alors que la charte de « bonne conduite » des commissaires vise explicitement les « intérêts familiaux » dans les conflits d’intérêts ?

Ces questions, parmi de nombreuses autres, sont légitimes et doivent trouver réponse. Aucun accord politique entre conservateurs européens (PPE) et socialistes européens (S&D) ne peut justifier la protection de Monsieur Cañete.
Rien ne justifie que Monsieur Juncker et la droite européenne maintiennent leur soutien inconditionnel à cet homme. Rien, pas même ce que ce dernier a pu leur jurer, les yeux dans les yeux. L’Europe n’a nul besoin d’un nouveau Jérôme Cahuzac !
    Collectif de députés européens

Les signataires de ce texte sont : José Bové, Karima Delli, Pascal Durand, Yannick Jadot, Eva Joly, Michèle Rivasi, députés européens, ainsi que Florent Marcellesi, porte-parole du parti écologiste espagnol au Parlement Européen.

Transition : entre espoir et déception

Je me suis exprimée au nom des députés écologistes sur le projet de loi de transition énergétique préparé et présenté par Ségolène Royal.

 

Si ce texte amorce des avancées historiques j’ai interpellé la ministre quant à nos nombreuses inquiétudes, du financement de la transition jusqu’au démantèlement effective de la plus vieille centrale nucléaire française.

 

Retrouvez mon intervention en vidéo ci dessous, le texte en dessous:

 

 

Monsieur le Premier Ministre,Madame la Ministre,Mesdames et Messieurs les rapporteurs,

Monsieur le Président de la Commission Spéciale,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,Le débat sur le projet de loi de transition énergétique s’achève et, je vous l’annonce sans davantage de suspense, les écologistes voteront en faveur de son adoption.Les écologistes voteront pour son adoption car, même si elle ne réalise qu’une somme de petits pas pour l’avenir, cette loi fixe des objectifs salutaires et nécessaires pour notre pays.

Dans ce travail, je tiens à saluer l’implication de Madame la Ministre, du groupe socialiste et des groupes de la majorité, et bien évidemment, l’ensemble de mes collègues écologistes, tous ont été présents à un moment ou un autre du débat. Nombre des avancées de cette loi sont dus au travail de notre groupe et nous en sommes particulièrement fiers.

En présentant ce texte à l’Assemblée Nationale, et en acceptant la tenue d’une commission spéciale, vous avez trouvé des personnes avides de débats et de propositions et permis, chose historique, le premier véritable débat démocratique sur la politique énergétique de la France.

Permettez moi de formuler un regret. Et je m’adresse ici à mes collègues de l’UMP. Vous aurez réussit l’exploit d’écouler 12h de temps de parole sur un seul article. L’enjeu nous appelait à dépasser nombre de clivages. Je regrette que vous n’ayez pas souhaité franchir le rubicon de la prise de conscience écologique.

Notre modèle politique, économique et énergétique vire à l’obsolescence, et nous traversons l’un de ces moments où il faut se jeter à l’eau pour faire avancer l’histoire de toute l’humanité.

En cet instant, à cette tribune, notre sentiment est double.  Nous ressentons, nous écologistes, de l’espoir et de la déception.

L’espoir d’abord, car la loi contient des avancées que je veux ici saluer.

Tout d’abord le double objectif qu’il nous reste à concrétiser de réduire de 75 à 50% la part du nucléaire et la division par deux de la consommation d’énergie d’ici 2050. Mais aussi des mesures techniques qui pourront faire avancer nombre de choses : l’obligation de rénovation des logements, la mise en place du tiers-financement, la création d’un chèque-énergie pour les ménages les plus modestes, la lutte contre l’obsolescence programmée, la réduction des déchets, ou l’interdiction des cultures dédiées à la méthanisation grâce à Brigitte Allain.

Le vieux monde était habitué à considérer le progrès comme une course vers l’accumulation de richesse. Cette loi amorce une idée neuve: le progrès passe par une gestion plus raisonnée, plus collective, plus participative de nos ressources.

Enfin, en ouvrant la voie à l’économie circulaire, je veux ici saluer mon collègue François-Michel Lambert, ce texte nous invite à redéfinir notre rapport à la production.

Je tiens donc à saluer la part d’innovation de cette loi. Pourtant, l’honnêteté commande de dire que le gouvernement sur de nombreux points, demeure encore loin de ce qu’il faudrait faire. C’est ici que pointe la déception.

Qu’il est difficile d’avancer sur l’inéluctable chemin de l’écologie. Le vieux monde pèse de tout son poids. Les lobbies nous freinent. Les habitudes nous engoncent. Le conservatisme nous entrave .

Pourtant, comme j’ai eu l’occasion de le dire lors de ces débats, le rapport de Nicolas Stern est clair : la lutte contre le dérèglement climatique n’est pas l’adversaire de la prospérité. Mais elle aura un coût. Nier cette réalité revient à nier l’ensemble des objectifs de cette loi. La transition énergétique nécessite des investissements ambitieux, précis et ciblés.

Disons le aussi et surtout, l’absence d’investissement pour la transition aura un coût supplémentaire.

Pourquoi manquer de réalisme, d’audace, de volonté. Pourquoi ne pas saisir l’occasion qui nous est donné de changer de modèle ?   Les ombres qui obscurcissent la belle journée que devait être le vote de cette loi sont réelles et menaçantes.

Oui, le flou demeure sur le financement de la loi. Vous avez été claire sur les gaz de schistes, et c’est une très bonne chose. Il s’agira d’être aussi claire sur le financement de la transition énergétique.

Oui, cette loi est entachée de la suspension de la taxe poids lourds, mesure votée à l’unanimité de cette Assemblée et sur laquelle vous avez cédé devant les lobbys des routiers et de l’agroalimentaire alors même qu’elle est si efficace ailleurs en Europe.

Oui, cette loi est d’ores et déjà menacée par la réduction du budget du Ministère de l’écologie.

Oui cette loi est fragilisée par l’absence d’une stratégie concrète de baisse de la part du nucléaire, en commençant par la fermeture de la centrale de Fessenheim.

Au fond, toutes les ambiguïtés ne sont pas levées concernant la volonté écologique de ce gouvernement. Je pense ici  à Pénélope, dont la légende nous dit, qu’elle tissait le jour, et défaisait la nuit.  Je veux croire que nous n’agirons pas de la même manière et que les quelques avancées ne préparent pas de nouveaux reculs.

Alors, il conviendra de mettre un terme à l’imprécision et aux allers-retours constants qui font de l’écologie un rendez vous indéfiniment ajourné, au gré des intérêts des uns ou des autres.

Pourtant, en matière d’écologie, pour reprendre dans un autre contexte le mot d’Aimé Césaire, « l’heure de nous mêmes a sonné. »

Espoir et déception disais-je. Alors comment se décider ?

Madame la ministre, malgré vos déclarations de ce matin, qui nourrissent nos inquiétudes, nous faisons une fois encore le pari de l’espoir, car depuis toujours les écologistes s’acharnent à saisir le moindre interstice pour y faire progresser les évolutions nécessaires.

Croyez bien cependant que notre lucidité est en éveil.

C’est pourquoi,  si vous trouvez aujourd’hui des écologistes qui soutiennent des avancées nécessaires et attendues, sachez que vous rencontrerez dès demain des écologistes vigilants et exigeants, sur le terrain comme dans les institutions pour veiller à leur effectivité dans la réalité. Nous resterons mobilisés, et en cette année préparatoire à la conférence de Paris, nous nous inscririons dans un mouvement  civique planétaire  pour mobiliser nos concitoyennes et concitoyens pour  que notre beau pays soit au rendez vous de sa responsabilité écologique.

L’humanité fait face à son plus grand défi. Celui du dérèglement climatique. Cette loi n’est qu’un petit pas, quand il nous faudrait cheminer à pas de géants.

Une révolution de nos manières de produire, de consommer, de nous déplacer, d’habiter et au final de vivre, est nécessaire. Son urgence ne fait plus de doute.  Seuls risquent de nous manquer la lucidité et le courage de l’accomplir.

Dans ce combat  les écologistes vous le savez sont en première ligne. Ils ne souhaitent demeurer seuls plus longtemps, puisque le résultat de cette bataille n’est rien moins que notre avenir commun. Je salue donc les consciences qui progressent, mais sonne une nouvelle fois le tocsin : il est plus que temps d’agir radicalement. C’est notre mission d’élus de la République mais c’est surtout le devoir évident de notre génération de terriens.