Question écrite au Ministre de l’intérieur à propos des jeunes scolarisés isolés

Par une question écrite déposée au ministère de l’intérieur, j’ai sollicité Bernard Cazeneuve pour connaître son avis concernant la régularisation des jeunes scolarisés isolés, sans aide, sans papiers ou sans abri alors qu’ils suivent des formations en France. J’ai également demandé sa position concernant l’interdiction des tests osseux, utilisés pour « déterminer » l’âge des jeunes lorsqu’ils n’ont pas de papiers et qui créent exclusion et injustice. Pour poursuivre sur ce sujet, je vous invite à signer et partager la pétition de RESF : http://resf.info/P2852.

 

 

Mme Cécile Duflot attire l’attention de M. le ministre de l’intérieur, concernant la situation des jeunes scolarisés sans papiers ou sans abri.

 

Vous venez d’accorder la nationalité française à Lassana Bathily dont le parcours fait écho à celui de nombreux autres jeunes étrangers arrivés en France après un long périple. Arrivé en 2008 pour rejoindre son père, M. Bathily a passé deux CAP. Aux termes de ces formations, la préfecture lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, puis adressée une OQTF. Avec le soutien d’associations comme RESF ou La Ligue des Droits de l’Homme, il a pu échapper au centre de rétention et à la reconduite à la frontière. Après un parcours du combattant, plusieurs recours au tribunal administratifs, et deux années de lutte, M. Bathily a eu la chance d’obtenir un titre de séjour et a pu travailler. C’est comme salarié de l’Hypercasher qu’il s’est illustré de la plus belle des façons comme chacun le sait.

 

A Paris, dans le même temps, devant l’absence de solutions avancées tant par l’Etat que par la municipalité, des lycées ont du exceptionnellement ouvrir leurs portes la nuit pour assurer un toit à des élèves sans abris soutenus par leurs professeurs et camarades de classe. La municipalité a du exceptionnellement ouvrir un gymnase pour abriter plusieurs dizaine de mineurs isolés, en attente d’une mise à l’abri par les services de l’Aide Sociale à l’Enfance.

 

La loi française est pourtant censée leur garantir une protection immédiate mais, à Paris, les délais avant de pouvoir être évalués par les services mandatés atteignent plusieurs semaines, pendant lesquelles ces jeunes restent à la rue. J’ai depuis entendu les annonces de Dominique Versini, adjointe chargée de la solidarité et de la lutte contre les exclusions, pour que la municipalité fasse le maximum à leur encontre.

 

Il y a plus grave. En cas de doute sur leur âge, la présomption de minorité, pourtant prévue dans la loi, n’est pas appliquée et les examens qui s’ensuivent, parfois humiliants et imprécis comme les tests osseux, laissent ces enfants sans protection pour un temps prolongé. Lorsqu’ils sont estimés majeurs, ces jeunes se voient refusés toute protection au titre de l’enfance en danger. De plus, ces jeunes ne peuvent déposer de demande de régularisation avant que leurs papiers ne stipulent leur majorité, la préfecture opposant fermement refus à toute demande de titre de séjour sur la base de résultats de tests osseux… Le 115 applique la même politique, ce qui les prive d’accès à toute forme d’hébergement d’urgence. Je rappelle que la fiabilité de ces tests osseux est contestée par l’ordre des médecins qui en demandait dès 2010 l’interdiction dans le cadre des politiques d’immigration.

 

La loi française garantie une protection aux mineurs isolés étrangers. Mais avec un accompagnement de plus en plus limité d’un point de vue éducatif, et sur la durée. Les Contrats Jeunes Majeurs permettant de soutenir ces jeunes au-delà de leurs 18 ans deviennent quasiment inexistants, l’Aide Sociale à l’Enfance ne permet plus de sécuriser les parcours d’insertion de jeunes pourtant pleinement motivés.

 

Beaucoup de jeunes hommes et de jeunes filles se retrouvent de fait à la rue dès leur majorité, et les dispositifs de droits communs ne permettent pas l’accueil de jeunes sans papiers.

 

La très grande majorité de ces jeunes poursuivent des parcours de formation, et s’intègrent sans aucun problème lorsque sont levés les obstacles à leur embauche. Ces jeunes scolarisés ne sont ni un danger ni une menace : ils sont une richesse pour la France, un investissement pour demain ! Ils sont l’avenir, ils se forment, trouvent du travail et participent à la vie économique et sociale du pays. Faute de papiers ils ont du mal à valider leurs stages et donc leur diplôme. Faute de papiers, ils ont du mal à trouver un employeur alors que leur filière professionnelle recherche ces jeunes bien formés et qui ont développé des compétences appréciées…

 

Avec le souci d’offrir en France un accueil digne de ces futurs jeunes citoyens de France ou d’ailleurs, je souhaite connaître votre position sur deux points.

 

Que comptez-vous faire concernant la régularisation de ces jeunes majeurs, lycéens ou en formation professionnelle ?

Par ailleurs, les tests d’âge osseux en matière de politique d’immigration ne sont pas fiables et créent exclusion et injustice. Bien que cette question appelle également l’avis de Mme la Garde des Sceaux, comptez-vous y mettre un terme ?

Le Pass Navigo unique adopté à l’Assemblée Nationale

L’Assemblée Nationale a adopté, vendredi 5 décembre 2014, les amendements de Cécile Duflot, Eva Sas et Olivier Faure augmentant le versement transport sur l’ensemble du territoire de la région Île-de-France. C’est cet amendement qui permettra la mise en place du Pass unique.

 

Eva Sas se félicite que « la proposition écologiste du Pass de transport à tarif unique pour l’ensemble de l’Ile de France ait abouti avec ce vote. Il permet, en effet, le financement d’un engagement de la majorité du Conseil régional d’Ile de France et du Syndicat des Transports d’Ile-de-France (STIF) qui ont décidé de mettre en œuvre une réforme profonde de la tarification dans les transports en commun. »

 

Eva Sas souligne qu’ « en quelques jours, avec la loi de finances 2015 et la loi de finances rectificative pour 2014, nous sommes passés de la parole aux actes en réunissant un financement de 140 millions pour les infrastructures de transports franciliennes, et  le financement du Pass Navigo unique. »

 

Eva Sas rappelle que « l’adoption de cette mesure générera un surcroît de recettes de près de 210 millions d’euros pour le STIF, mais sera neutre pour les entreprises qui économisent 80 millions sur le remboursement à leurs salariés, et qui doivent bénéficier de l’exonération de la redevance pour création de bureaux sur les opérations de démolition-construction en Ile de France qui avait été supprimée le 1er janvier 2014. »

 

« Pour nous, habitants de grande couronne, déclare Eva Sas, c’est particulièrement important car le Pass 4 zones passera de 105,40 euros à 70 euros mensuels dès la rentrée 2015. »

 

« Depuis le début de la mandature, les conseillers régionaux EELV ont fait pression pour que des avancées soient obtenues progressivement sur cette mesure », ajoute Cécile Duflot, « je tiens à les féliciter, ainsi que leurs collègues socialistes, pour la réalisation de cette promesse de campagne emblématique. Justice sociale, environnement, le Pass Navigo à tarif unique va encourager l’usage des transports en communs quand la voiture restait souvent le transport privilégié en banlieue et dans la grande couronne. »

 

« C’est une excellente nouvelle très attendue par les Franciliens. Le Pass Navigo à tarif unique est un signe fort d’égalité des territoires pour les habitants de la grande couronne. C’est une mesure environnementale et sociale qui redonnera du pouvoir d’achat aux Franciliens et augmentera leur sentiment d’appartenance à un même territoire », signale Mounir Satouri, président des élu/es écologistes régionaux.

 

« Après le vote récent à la Région de plus de 540 millions d’euros d’investissements à venir pour les transports en commun franciliens, les parlementaires nous donnent l’occasion de réaliser le Pass unique en 2015. Ce sont vraiment deux moments très importants pour les transports en Ile de France que nous venons de vivre en si peu de temps » conclu Pierre Serne.

 

Une commission d’enquête sur les forces de maintien de l’ordre

Comme nous nous y étions engagé suite à la mort de Rémi Fraisse, les écologistes ont déposé une résolution de commission d’enquête sur les forces de maintien de l’ordre.

Comment expliquer les violences policières dans le cadre de manifestations? Quelle responsabilité dans la chaîne de commandements lorsqu’un manifestant décède dans de telles conditions? Quelles règles pour encadrer les confrontations dans un Etat de droit?

Présidée par Noël Mamère, cette commission d’enquête se déroulera du mois de janvier 2015 à juin 2015.

Retrouver ici sa présentation dans l’hémicycle.

 

 

La pression écolo pour un Pass Navigo à tarif unique

conf presse navigo

Avec Eva Sas, députée de l’Essone, et les élus écolos de la région Île-de-France, nous avons insisté pour que le Passe Navigo au tarif unique de la zone 1-2 puisse être mis en œuvre dès 2015. C’était l’engagement emblématique de la campagne victorieuse des écologistes et des socialistes en 2010, nous souhaitons qu’il soit respecté.

C’est une mesure de cohérence territoriale, sociale et environnementale plébiscitée par les franciliens, et peu coûteuse à mettre en œuvre.

Un Passe Navigo unique au tarif des zones 1-2 permettrait de briser des barrières entre Paris, la petite et la grande couronne. Elle faciliterait l’usage des transports publics quand la voiture est encore une habitude à l’extérieur de la capitale.

Problème, aujourd’hui, on décentralise des compétences aux régions, aux départements, aux villes. Mais on ne les laisse pas décider de leur recettes. C’est donc par un amendement au Projet de Loi de Finance du gouvernement que nous avons demandé la possibilité pour la région de rehausser son propre budget.

Retrouvez ci-dessous le communiqué de presse faisant suite à notre conférence de presse.

Communiqué de presse des élu/es EELV 

Cécile Duflot, Eva Sas, Mounir Satouri, Pierre Serne

Le sort du Passe Navigo à tarif unique dans les mains des lois de finances

Actuellement, 174 jours sont dézonés en Île-de-France. Pour obtenir le dézonage intégral du Passe Navigo au tarif de la zone 1-2, il faut notamment une hausse du versement transport, payé par les grandes entreprises franciliennes. Rejeté par le gouvernement dans le cadre de la loi de finance 2015, la prochaine étape est de l’inscrire dans la loi de finance rectificative 2014 

 

Le Passe Navigo à tarif unique (au prix de la zone 1-2) est une promesse de campagne des écologistes reprise par la majorité régionale dans le contrat de mandature. Depuis le début de la mandature, c’est sous la pression des écologistes que des avancées ont été obtenues progressivement sur cette mesure : d’abord la suppression des zones 8 à 6, puis le dézonage du week-end et des jours fériés en 2012, des grandes vacances en 2013 et de l’ensemble des petites vacances scolaires depuis cette année. Désormais, 174 jours sont dézonés.

 

« Cette mesure n’est pas un caprice des écologistes, c’est une demande forte, un besoin majeur des franciliennes et des franciliens. C’est une mesure de justice sociale et environnementale », rappelle Mounir Satouri, président des élu/es écologistes régionaux. « C’est LA mesure pour toutes et tous, qui permettra aux franciliens de gagner en pouvoir d’achat. Pour ceux qui paient le prix fort, cela fait une baisse de 500 € à l’année par personne…« . Les écologistes ont répété qu’ils souhaitaient que la mesure du passe unique reste au prix de la zone 1-2. C’est ce qui en fait une mesure écologiste, qui permet aux habitants de choisir les transports en commun plutôt que la voiture. Pour financer le reste de la mesure, il reste notamment à déployer environ 300 millions d’euros. Une partie est attendue de la hausse du Versement Transport, dans la loi de finance rectificative 2014 en cours de discussion à l’Assemblée nationale. Les amendements déposés par les écologistes dans la loi 2015 ayant été rejetés, celui allant dans le même sens déposé par les socialistes a été retiré à la demande du gouvernement. « Le sort du passe navigo est aujourd’hui entre les mains des députés ! Rendez-vous le 26 novembre… à la commission des finances » a martelé Mounir Satouri

 

« Pour mettre en place le Passe Navigo à tarif unique mi-2015, cette décision de débloquer les financements doit être prise d’ici le 10 décembre, date du vote du budget du syndicat des transports franciliens », rappelle Pierre Serne, Vice-président de la Région en charge des Transports et Mobilités et Vice-président du Stif. « Le Passe unique  est la mesure emblématique de notre mandature, celle pour laquelle je me bats en tant que Vice-président. Tous les usagers que je croise me demandent pour quand est la mise en place », poursuit l’élu.

 

« Le Passe Navigo n’est pas seulement une mesure de transport, c’est une mesure de cohérence régionale. Pourtant, on demande à l’ensemble des députés français de donner leur avis sur le financement de cette mesure, où est la cohérence? Le Passe Unique est le symbole même du débat sur la décentralisation : l’Etat doit laisser les Régions mener les politiques qu’elles souhaitent! », signale la députée Cécile Duflot.

 

« L’Etat est particulièrement rétif à toute forme d’autonomie financière des Régions. A chaque fois que nous proposons des mesures de fiscalité locale, nous nous heurtons à un gouvernement dogmatique », confirme la députée Eva Sas. La députée écologiste portera l’amendement dans la loi de finance rectificative. « Les entreprises ont toujours participé au financement des transports. Etre dans des zones bien desservies par les transports en commun représente pour eux de l’attractivité et de la compétitivité. Ce sont aussi ses transports qui font de la région IDF une région forte. Le pass est un trait d’union entre la banlieue et le centre « , poursuit la députée de l’Essonne.

 

 

« Le Passe Navigo à tarif unique est une promesse de campagne de la gauche. Dans ce climat de défiance politique, plus que jamais, il est essentiel de tenir ses promesses! C’est une question de volonté politique! », insiste Mounir Satouri.

 

Les écologistes rappellent que les entreprises de neuf salariés (92% en IDF) ne paient pas le VT et qu’elles réaliseront au contraire des économies en reversant moins à leurs salariés en remboursement de leur titre de transport.

#COP21 : audition de Laurence Tubiana

En préparation de la Conférence Paris Climat 2015, les députés de la Commission des Affaires Etrangères, de la Commission Européenne et de la Commission du Développement Durable auditionnait Laurence Tubiana.

 

Laurence Tubiana est la fondatrice et présidente de l’IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales). Elle préside également le conseil d’administration de l’AFD (Agence Française de Développement). Récemment, elle a surtout été nommée ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique par le gouvernement français.

 

C’est donc elle qui représentera la France dans les négociations pour la COP21.

 

L’enjeu numéro 1 de la COP21, c’est d’obtenir un accord contraignant mondial pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cet accord, nous l’espérons depuis de nombreuses années et si le sujet avance pas à pas en France, et dans une moindre mesure en Europe, il faut avoir conscience que nos pays comptent pour les plus volontaires au monde. D’où une légère inquiétude vis-à-vis du dénouement final. La veille même de cette audition paraissait le dernier rapport du GIEC qui appelle à un accord contraignant au plus vite pour ne pas voir la planète réchauffée de +2°C d’ici 2100.

 

Dans ce sens, j’ai choisi d’aborder l’enjeu numéro 2 de cette conférence à mon sens : si nos dirigeants ne peuvent évaluer autrement l’urgence, comment mettre en place une mobilisation et une consultation de la société civile qui pèse dans la décision finale?

 

Laurence Tubiana est restée optimiste sur ces différents enjeux, avec :

– la fin des débats Nord-Sud. Les pays du Sud subissant le plus le réchauffement climatique, ils demandent des investissements importants pour réaliser la transition énergétique.

– si un accord contraignant n’était pas trouvé, un consensus se dégage pour qu’une discipline de travail entre chaque pays de la planète soit trouvée avec pour objectif : l’évaluation et la mise en perspective des scénarios nationaux d’ici à 2050 pour corriger les tirs en cas de manquement.

– la possibilité de réaliser une consultation internationale via des outils comme World Wide Views

 

Ci-dessous, ma question en vidéo:

 

 

 

 

 

 

 

 

3 Questions … au collectif « Pas Sans Nous »

Venus manifester devant l’Assemblée Nationale qui débattait de son budget, le Collectif Pas sans nous demande que 10% de la réserve parlementaire soit versée à des projets citoyens, dans les quartiers. L’occasion de poser 3 questions aux membres du collectif.

 

  1. Quel est le projet de la coordination nationale « Pas sans nous »?

La coordination nationale Pas sans nous a pour objectif la défense des droits et des intérêts communs des habitants des quartiers populaires sur l’ensemble du territoire français. Elle entend pour cela être une force de proposition et d’interpellation auprès des pouvoirs publics, notamment ceux en charge de la «politique de la ville». Elle entend être un porte-voix des habitants et acteurs des quartiers. Elle reprend les propositions du rapport « Pour une réforme radicale de la politique de la ville » et entend produire des propositions issues d’expériences locales,nationales et d’échanges entre acteurs, afin de faire évoluer la mise en œuvre de la politique de la ville.

 

  1. Pourquoi vous étiez à l’Assemblée Nationale hier ?

La coordination nationale Pas sans nous s’est rassemblée le mercredi 15 octobre devant l’Assemblée Nationale afin de remettre aux député-e-s français-e-s une pétition​ (1) demandant la création d’un « fonds d’interpellation citoyenne ». Ce fonds financerait toute initiative citoyenne locale ou nationale, contribuant au débat public. Le but est de soutenir la participation active de citoyens qui n’ont pas toujours les moyens de faire entendre leurs voix. Ce fonds soutiendrait ainsi le débat démocratique dans la société, sans rien coûter de plus aux contribuables français. Nous proposons en effet que ce soit un « pot commun » financé par  1% du financement public des partis politiques et 10% de la réserve parlementaire.

 

  1. Quelles suites pour ce projet ?

Lors de notre rassemblement devant l’assemblée nationale, nous avons pu remettre les pétitions au service du courrier de l’assemblée afin que l’ensemble des député-e-s puissent s’engager à soutenir ce fonds. Un des objectifs du fonds est d’éviter les dérives du système de subvention actuel, qui génèrent trop souvent des logiques clientélistes et partisanes. C’est pourquoi nous souhaitons organiser prochainement une conférence citoyenne afin de construire collectivement des règles de fonctionnement transparentes, équitables et démocratiques pour le futur fonds. Notamment en imposant la présence de citoyens dans sa gouvernance.

 

​(1) lien vers la pétition en ligne : http://www.change.org/p/gouvernement-fran%C3%A7ais-et-parlementaires-engagez-d%C3%A8s-aujourd-hui-la-cr%C3%A9ation-d-un-fonds-pour-l-interpellation-citoyenne​

Transition : entre espoir et déception

Je me suis exprimée au nom des députés écologistes sur le projet de loi de transition énergétique préparé et présenté par Ségolène Royal.

 

Si ce texte amorce des avancées historiques j’ai interpellé la ministre quant à nos nombreuses inquiétudes, du financement de la transition jusqu’au démantèlement effective de la plus vieille centrale nucléaire française.

 

Retrouvez mon intervention en vidéo ci dessous, le texte en dessous:

 

 

Monsieur le Premier Ministre,Madame la Ministre,Mesdames et Messieurs les rapporteurs,

Monsieur le Président de la Commission Spéciale,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,Le débat sur le projet de loi de transition énergétique s’achève et, je vous l’annonce sans davantage de suspense, les écologistes voteront en faveur de son adoption.Les écologistes voteront pour son adoption car, même si elle ne réalise qu’une somme de petits pas pour l’avenir, cette loi fixe des objectifs salutaires et nécessaires pour notre pays.

Dans ce travail, je tiens à saluer l’implication de Madame la Ministre, du groupe socialiste et des groupes de la majorité, et bien évidemment, l’ensemble de mes collègues écologistes, tous ont été présents à un moment ou un autre du débat. Nombre des avancées de cette loi sont dus au travail de notre groupe et nous en sommes particulièrement fiers.

En présentant ce texte à l’Assemblée Nationale, et en acceptant la tenue d’une commission spéciale, vous avez trouvé des personnes avides de débats et de propositions et permis, chose historique, le premier véritable débat démocratique sur la politique énergétique de la France.

Permettez moi de formuler un regret. Et je m’adresse ici à mes collègues de l’UMP. Vous aurez réussit l’exploit d’écouler 12h de temps de parole sur un seul article. L’enjeu nous appelait à dépasser nombre de clivages. Je regrette que vous n’ayez pas souhaité franchir le rubicon de la prise de conscience écologique.

Notre modèle politique, économique et énergétique vire à l’obsolescence, et nous traversons l’un de ces moments où il faut se jeter à l’eau pour faire avancer l’histoire de toute l’humanité.

En cet instant, à cette tribune, notre sentiment est double.  Nous ressentons, nous écologistes, de l’espoir et de la déception.

L’espoir d’abord, car la loi contient des avancées que je veux ici saluer.

Tout d’abord le double objectif qu’il nous reste à concrétiser de réduire de 75 à 50% la part du nucléaire et la division par deux de la consommation d’énergie d’ici 2050. Mais aussi des mesures techniques qui pourront faire avancer nombre de choses : l’obligation de rénovation des logements, la mise en place du tiers-financement, la création d’un chèque-énergie pour les ménages les plus modestes, la lutte contre l’obsolescence programmée, la réduction des déchets, ou l’interdiction des cultures dédiées à la méthanisation grâce à Brigitte Allain.

Le vieux monde était habitué à considérer le progrès comme une course vers l’accumulation de richesse. Cette loi amorce une idée neuve: le progrès passe par une gestion plus raisonnée, plus collective, plus participative de nos ressources.

Enfin, en ouvrant la voie à l’économie circulaire, je veux ici saluer mon collègue François-Michel Lambert, ce texte nous invite à redéfinir notre rapport à la production.

Je tiens donc à saluer la part d’innovation de cette loi. Pourtant, l’honnêteté commande de dire que le gouvernement sur de nombreux points, demeure encore loin de ce qu’il faudrait faire. C’est ici que pointe la déception.

Qu’il est difficile d’avancer sur l’inéluctable chemin de l’écologie. Le vieux monde pèse de tout son poids. Les lobbies nous freinent. Les habitudes nous engoncent. Le conservatisme nous entrave .

Pourtant, comme j’ai eu l’occasion de le dire lors de ces débats, le rapport de Nicolas Stern est clair : la lutte contre le dérèglement climatique n’est pas l’adversaire de la prospérité. Mais elle aura un coût. Nier cette réalité revient à nier l’ensemble des objectifs de cette loi. La transition énergétique nécessite des investissements ambitieux, précis et ciblés.

Disons le aussi et surtout, l’absence d’investissement pour la transition aura un coût supplémentaire.

Pourquoi manquer de réalisme, d’audace, de volonté. Pourquoi ne pas saisir l’occasion qui nous est donné de changer de modèle ?   Les ombres qui obscurcissent la belle journée que devait être le vote de cette loi sont réelles et menaçantes.

Oui, le flou demeure sur le financement de la loi. Vous avez été claire sur les gaz de schistes, et c’est une très bonne chose. Il s’agira d’être aussi claire sur le financement de la transition énergétique.

Oui, cette loi est entachée de la suspension de la taxe poids lourds, mesure votée à l’unanimité de cette Assemblée et sur laquelle vous avez cédé devant les lobbys des routiers et de l’agroalimentaire alors même qu’elle est si efficace ailleurs en Europe.

Oui, cette loi est d’ores et déjà menacée par la réduction du budget du Ministère de l’écologie.

Oui cette loi est fragilisée par l’absence d’une stratégie concrète de baisse de la part du nucléaire, en commençant par la fermeture de la centrale de Fessenheim.

Au fond, toutes les ambiguïtés ne sont pas levées concernant la volonté écologique de ce gouvernement. Je pense ici  à Pénélope, dont la légende nous dit, qu’elle tissait le jour, et défaisait la nuit.  Je veux croire que nous n’agirons pas de la même manière et que les quelques avancées ne préparent pas de nouveaux reculs.

Alors, il conviendra de mettre un terme à l’imprécision et aux allers-retours constants qui font de l’écologie un rendez vous indéfiniment ajourné, au gré des intérêts des uns ou des autres.

Pourtant, en matière d’écologie, pour reprendre dans un autre contexte le mot d’Aimé Césaire, « l’heure de nous mêmes a sonné. »

Espoir et déception disais-je. Alors comment se décider ?

Madame la ministre, malgré vos déclarations de ce matin, qui nourrissent nos inquiétudes, nous faisons une fois encore le pari de l’espoir, car depuis toujours les écologistes s’acharnent à saisir le moindre interstice pour y faire progresser les évolutions nécessaires.

Croyez bien cependant que notre lucidité est en éveil.

C’est pourquoi,  si vous trouvez aujourd’hui des écologistes qui soutiennent des avancées nécessaires et attendues, sachez que vous rencontrerez dès demain des écologistes vigilants et exigeants, sur le terrain comme dans les institutions pour veiller à leur effectivité dans la réalité. Nous resterons mobilisés, et en cette année préparatoire à la conférence de Paris, nous nous inscririons dans un mouvement  civique planétaire  pour mobiliser nos concitoyennes et concitoyens pour  que notre beau pays soit au rendez vous de sa responsabilité écologique.

L’humanité fait face à son plus grand défi. Celui du dérèglement climatique. Cette loi n’est qu’un petit pas, quand il nous faudrait cheminer à pas de géants.

Une révolution de nos manières de produire, de consommer, de nous déplacer, d’habiter et au final de vivre, est nécessaire. Son urgence ne fait plus de doute.  Seuls risquent de nous manquer la lucidité et le courage de l’accomplir.

Dans ce combat  les écologistes vous le savez sont en première ligne. Ils ne souhaitent demeurer seuls plus longtemps, puisque le résultat de cette bataille n’est rien moins que notre avenir commun. Je salue donc les consciences qui progressent, mais sonne une nouvelle fois le tocsin : il est plus que temps d’agir radicalement. C’est notre mission d’élus de la République mais c’est surtout le devoir évident de notre génération de terriens.