Mon témoignage sur Sivens

Alertée par des militants locaux depuis quelques temps, c’est Noël Mamère qui m’a invité à apporter notre soutien aux opposants pacifiques du barrage de Sivens et à travailler une médiation avec les autorités locales début octobre.

Exemple type du gaspillage de l’argent public et d’une destruction démesurée de la nature, ce dossier était très peu médiatisé jusqu’au passage en force du Conseil général le 1er septembre 2014, puis de la mort de Rémi Fraisse, jeune opposant de 21 ans le 25 octobre.

Lundi 20 octobre, nous partons donc sur la zone humide du Testet. Au programme, rencontre avec les opposants locaux et audience auprès du préfet.

Sur la Zad, l’entrée est bien gardée.

 

Les barricades des zadistes
Les barricades des zadistes

 

Des tentes et des camions parsèment la clairière qui servait autrefois de pâturage aux vaches d’un couple d’éleveurs qui résistent au projet. Au loin, on distingue des monticules de terre et de copeaux d’arbres arrachés.

L’ambiance est lugubre, nous sortons de la voiture dans un silence grave. Même si nous venons en soutien de leur cause, nous ne savons pas encore l’accueil que nous réservera les opposants au projet du barrage. Certains ont pris part à des violences que nous n’acceptons pas. A Notre-Dame-des-Landes, d’autres considéraient que nous ne faisions que de la récupération politique.

Pourtant, j’ai bon espoir que cela se passe différemment aujourd’hui. Je viens d’apprendre la suspension des permis de construire de Notre-Dame-des-Landes justement, et c’est pour moi la preuve qu’il faut compter sur nous sur de tels dossiers.

Quelques pas vers le campement et des cris de loup se font écho partout autour de la clairière. Les zadistes nous sonnent la bienvenue, tout va aller pour le mieux !

Je m’avance avec Noël entourés de militants écolos locaux venus montrer leur soutien. Les premiers à venir nous voir sont les journalistes. Puis le couple d’éleveurs se présentent à nous et nous font étalage des dégâts. On marche vers un cimetière d’arbres.

 

La Citadelle de Gazad
La Citadelle de Gazad

Au milieu du champs d’écorce et des trous, un seul arbre a résisté. C’est la citadelle des zadistes. Les opposants se relaient 24h/24 à sa cime pour empêcher pacifiquement sa découpe. Il y a quelques semaines, c’est le GIGN qui était intervenu pour faire descendre les opposants des arbres.

Maintenant que nous sommes sur le chantier, on distingue clairement le bruit des machines qui continuent à détruire, souche après souche, les arbres au loin. Sur la droite, une compagnie de gendarmes mobiles façon Robocop se met en ligne pour nous interdire d’avancer vers les ouvriers.

 

Petite interview face aux gendarmes
Petite interview face aux gendarmes

Après avoir relayé nos discours aux journalistes, nous prenons quelques minutes avec les zadistes. On m’avait annoncé des blacks blocs et autres ultras, il n’en est rien. Ce sont tous des jeunes pacifiques, végétaliens pour la plupart, impliqués dans la défense de la nature et demandeur d’un modèle de société plus solidaire.

Ils nous décrivent des violences policières scandaleuses. Ils les ont filmé mais n’ont pas encore pris le temps de porter plainte. Il me montre la vidéo d’un gendarme jetant une grenade dans une caravane où 3 jeunes s’étaient réfugiés. Une jeune fille a failli perdre sa main en tentant de rejeter la grenade. Je suis complètement choquée.

Audience à la préfecture
Devant la préfecture

Il est 17h30 et il faut déjà filer à notre audience auprès du préfet à Albi.

Cela fait 2 mois que les échanges sont rompus avec l’État et le Conseil général, et il a fallu que Noël et moi nous descendions de Paris pour que le dialogue soit renoué.

On est accompagné de Ben Lefetey, l’un des leaders de l’opposition au barrage, Guillaume Cros, président du groupe EELV du Conseil régional Midi-Pyrénées et Christian Conrad, naturaliste en grève de la faim depuis plus de 50 jours nous accompagne. Roland Foissac, Vice-Président Front de Gauche du Conseil général, irrité par le conflit d’intérêt à l’oeuvre, se joindra aussi à nous.

Il y a manifestation le 25 octobre, et nous tenons à alerter le préfet sur les risques de violence. Il faut aussi obtenir de Ségolène Royal la publication du rapport qu’elle a demandé mi-septembre sur le barrage.

Le préfet dira qu’il nous a entendu et la ministre de l’Ecologie annoncera la publication du rapport 2 jours tard. Le reste des échanges est assez stérile mais je suis satisfaite que le dialogue soit rétablie. Je ne me rends pas compte alors du drame qui se déroulera le week-end suivant.