Mon communiqué après la mort de Rémi

Barrage de Sivens : un devoir de transparence et de vérité

Les événements qui se sont déroulés dans la nuit de samedi à dimanche à Sivens laissent aujourd’hui tous les écologistes de France en proie à une profonde tristesse.

Le décès de Remi Fraisse est un drame qui nous concerne tous et toutes. Mes pensées vont d’abord à sa famille, à ses amis et à ses camarades. Ils savent tous que loin du portrait de casseur que certains tentent aujourd’hui de brosser, Rémi était un étudiant de 21 ans de Haute-Garonne, attaché à la défense de l’environnement.

L’absence d’informations claires et la confusion des informations fournies par les autorités à ce jour n’est pas acceptable. Un devoir de transparence et de vérité s’impose aujourd’hui au gouvernement afin de faire toute la lumière sur l’action des forces de l’ordre lors de cette nuit. Le rapport d’autopsie permettra de déterminer les causes précises et exactes de cette mort. Néanmoins, dès maintenant, nous constatons que l’ordre public n’a pas été garanti afin de permettre l’expression de ce mouvement. Dès lundi dernier, j’ai alerté le Préfet et le gouvernement sur la gravité des incidents multiples et sur l’attitude inutilement répressive de certaines forces policières à Sivens.

Je condamne tous les recours à la violence et je regrette les incidents perpétrés par quelques manifestants, venus avec la seule volonté d’un affrontement avec les forces de l’ordre. Mais aucun de ces débordements, ne peut servir d’excuse à ignorer la gravité de la mort de Rémi Fraisse. Aucun de ces débordements ne doit permettre de jeter l’opprobre sur un mouvement pacifique de mobilisation pour l’intérêt général.

Dès aujourd’hui, je demande l’arrêt immédiat des travaux sur le barrage du Sivens et la mise en place d’une enquête claire et précise sur les agissements de force de l’ordre. Rien ne peut justifier la violence, rien ne peut venir expliquer la mort de ce jeune homme.

Cécile DUFLOT Députée de Paris Ancienne Ministre

Mon témoignage sur Sivens

Noel Mamere et Cécile Duflot à Sivens

Alertée par des militants locaux depuis quelques temps, c’est Noël Mamère qui m’a invité à apporter notre soutien aux opposants pacifiques du barrage de Sivens et à travailler une médiation avec les autorités locales début octobre.

Exemple type du gaspillage de l’argent public et d’une destruction démesurée de la nature, ce dossier était très peu médiatisé jusqu’au passage en force du Conseil général le 1er septembre 2014, puis de la mort de Rémi Fraisse, jeune opposant de 21 ans le 25 octobre.

Lundi 20 octobre, nous partons donc sur la zone humide du Testet. Au programme, rencontre avec les opposants locaux et audience auprès du préfet.

Sur la Zad, l’entrée est bien gardée.

 

Les barricades des zadistes
Les barricades des zadistes

 

Des tentes et des camions parsèment la clairière qui servait autrefois de pâturage aux vaches d’un couple d’éleveurs qui résistent au projet. Au loin, on distingue des monticules de terre et de copeaux d’arbres arrachés.

L’ambiance est lugubre, nous sortons de la voiture dans un silence grave. Même si nous venons en soutien de leur cause, nous ne savons pas encore l’accueil que nous réservera les opposants au projet du barrage. Certains ont pris part à des violences que nous n’acceptons pas. A Notre-Dame-des-Landes, d’autres considéraient que nous ne faisions que de la récupération politique.

Pourtant, j’ai bon espoir que cela se passe différemment aujourd’hui. Je viens d’apprendre la suspension des permis de construire de Notre-Dame-des-Landes justement, et c’est pour moi la preuve qu’il faut compter sur nous sur de tels dossiers.

Quelques pas vers le campement et des cris de loup se font écho partout autour de la clairière. Les zadistes nous sonnent la bienvenue, tout va aller pour le mieux !

Je m’avance avec Noël entourés de militants écolos locaux venus montrer leur soutien. Les premiers à venir nous voir sont les journalistes. Puis le couple d’éleveurs se présentent à nous et nous font étalage des dégâts. On marche vers un cimetière d’arbres.

 

La Citadelle de Gazad
La Citadelle de Gazad

Au milieu du champs d’écorce et des trous, un seul arbre a résisté. C’est la citadelle des zadistes. Les opposants se relaient 24h/24 à sa cime pour empêcher pacifiquement sa découpe. Il y a quelques semaines, c’est le GIGN qui était intervenu pour faire descendre les opposants des arbres.

Maintenant que nous sommes sur le chantier, on distingue clairement le bruit des machines qui continuent à détruire, souche après souche, les arbres au loin. Sur la droite, une compagnie de gendarmes mobiles façon Robocop se met en ligne pour nous interdire d’avancer vers les ouvriers.

 

Petite interview face aux gendarmes
Petite interview face aux gendarmes

Après avoir relayé nos discours aux journalistes, nous prenons quelques minutes avec les zadistes. On m’avait annoncé des blacks blocs et autres ultras, il n’en est rien. Ce sont tous des jeunes pacifiques, végétaliens pour la plupart, impliqués dans la défense de la nature et demandeur d’un modèle de société plus solidaire.

Ils nous décrivent des violences policières scandaleuses. Ils les ont filmé mais n’ont pas encore pris le temps de porter plainte. Il me montre la vidéo d’un gendarme jetant une grenade dans une caravane où 3 jeunes s’étaient réfugiés. Une jeune fille a failli perdre sa main en tentant de rejeter la grenade. Je suis complètement choquée.

Audience à la préfecture
Devant la préfecture

Il est 17h30 et il faut déjà filer à notre audience auprès du préfet à Albi.

Cela fait 2 mois que les échanges sont rompus avec l’État et le Conseil général, et il a fallu que Noël et moi nous descendions de Paris pour que le dialogue soit renoué.

On est accompagné de Ben Lefetey, l’un des leaders de l’opposition au barrage, Guillaume Cros, président du groupe EELV du Conseil régional Midi-Pyrénées et Christian Conrad, naturaliste en grève de la faim depuis plus de 50 jours nous accompagne. Roland Foissac, Vice-Président Front de Gauche du Conseil général, irrité par le conflit d’intérêt à l’oeuvre, se joindra aussi à nous.

Il y a manifestation le 25 octobre, et nous tenons à alerter le préfet sur les risques de violence. Il faut aussi obtenir de Ségolène Royal la publication du rapport qu’elle a demandé mi-septembre sur le barrage.

Le préfet dira qu’il nous a entendu et la ministre de l’Ecologie annoncera la publication du rapport 2 jours tard. Le reste des échanges est assez stérile mais je suis satisfaite que le dialogue soit rétablie. Je ne me rends pas compte alors du drame qui se déroulera le week-end suivant.

Où en sont les recours des opposants?

Pour lutter contre ce projet absurde, les opposants ont déposé 5 recours juridique contre le projet.

Le tribunal administratif de Toulouse et le tribunal d’Albi ont rejeté le recours déposé par les opposants contre l’arrêté autorisant la destruction d’espèces protégées.

Concernant l’illégalité du défrichement, le tribunal d’Albi s’est déclaré incompétent. Une position incompréhensible pour les opposants : « notre recours était de bonne foi puisque la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne (CACG) ne bénéficiait pas de l’autorisation de défrichement comme elle l’a reconnu elle-même lors de l’audience  » (constaté par huissier de justice en plus). L’association France Nature Environnement (FNE) Midi-Pyrénées a été condamnée à verser 4.000 euros à la CACG…

Trois recours restent encore en lice et devraient être étudiés d’ici 2 à 3 ans par le tribunal administratif de Toulouse :

  • un recours en annulation contre l’arrêté du 3 octobre 2013 dit « loi sur l’eau » relatif au barrage ;

  • un recours en annulation contre l’arrêté du 3 octobre 2013 déclarant d’utilité publique le projet ;

  • un recours en annulation contre l’arrêté du 16 octobre 2013 autorisant la destruction des espèces protégées.

C’est pourquoi la demande d’un moratoire sur le projet est plus que nécessaire d’ici le traitement des recours. Sans cela, le Conseil général du Tarn a tout simplement le pouvoir de construire un barrage illégal, une situation hallucinante pour notre Etat de droit !

Des alternatives au barrage existent!

Si on reprend les objectifs du Conseil général avec le projet de barrage, nous avons :

– 70% du barrage pour irriguer 309 hectares de terres agricoles

– 30% des eaux retenues pour soutenir le débit d’étiage (l’étiage, c’est lorsque le cours d’eau atteint son plus bas niveaux), une technique utilisée pour diluer la pollution des cours d’eau

Le collectif de défense de la zone du Testet propose :

    Pour sécuriser les revenus des agriculteurs comme leur production :

– Des contrats de longue durée avec les collectivités territoriales pour fournir la restauration collective

– Des économies d’eau à travers le choix des cultures (sorgho, tournesol…), le choix variétal (maïs à cycle plus court…), des pratiques agronomiques (couverture agro-végétale, agroforesterie…) et des pratiques d’irrigation adaptées

– Des petites réserves d’eau au niveau des fermes qui en sont dépourvues : ces réserves (20 000 à 50 000 m3) seraient hors cours d’eau et remplies en hiver/printemps avec interdiction de les prélever pendant l’étiage.

    Concernant le « soutien d’étiage » :

30% de l’eau du barrage ont été prévus en 2001 pour diluer des pollutions. Or, la principale pollution n’existe plus depuis 2006, la laiterie concernée les ayant traité à la source. Les pollutions restantes (agriculture chimique, stations d’épurations), beaucoup plus faibles, doivent être réduites à leur source. Le Tescou est un ruisseau qui a, naturellement, un débit faible pendant l’été mais reste suffisant pour la vie aquatique comme le démontre la pêche électrique menée sur une centaine de mètres le 25/11/13. Dans les filets : 73 lamproies de Planer, 92 goujons, 51 vairons, 8 chevennes, 1 perche et 7 loches.

Pour améliorer le soutien d’étiage, il faut :

– mettre aux normes les 185 retenues collinaires du bassin afin qu’elles respectent le débit réservé (débit minimum réservé à la rivière en aval)

– empêcher les comportements égoïstes de certains irrigants qui conduisent à assécher le Tescou

Je complète à cela le rapport des experts commandé par Ségolène Royal. Très critique sur le projet, il liste un bon nombre d’alternatives communes à celles du Collectif. Il est disponible ici.

Les acteurs en présence

 

Pour le projet :

La Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne (CACG) : Cette entreprise locale est chargée de déboiser la zone et de construire le barrage. Elle est un bel exemple de conflit d’intérêt puisqu’elle a obtenu le contrat pour le barrage après avoir eu le monopole des études qui justifiaient le projet…

Thierry Carcenac, Président du Conseil général du Tarn depuis 1991, maître d’oeuvre du barrage. Elu sénateur le 28 septembre 2014 et ancien député de la 2ème circonscription du Tarn de 2002 à 2012, il est un bel exemple du cumul des mandats.

Il refuse catégoriquement le débat public contradictoire et affirme que le projet est validé définitivement par la justice auprès de l’opinion publique. Ségolène Royal lui a demandé de vérifier « que les conditions que le ministère met sur les retenues de substitution soient remplies » : il aurait pu décider d’un moratoire sans pour autant perdre la face… Récemment

Jacques Valax, Député PS actuel de la 2ème circonscription du Tarn : successeur de Carcenac. Avocat, il était député de la 1ère circo du Tarn de 2007 à 2012. Il a aussi été Vice-Président du CG du Tarn de 2004 à 2008.

Thierry Gentilhomme, préfet du Tarn (nommé depuis le 1er septembre 2014) . Il justifie la présence policière sur le site pour protéger les ouvriers, menacés par les opposants…. Il prétend que la CACG a toutes les autorisations pour avancer le chantier.

Contre le projet :

Le collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, créé en 2011. Son porte-parole se nomme Ben Lefetey. Le collectif s’est chargé de mutualiser les argumentaires et les études contre le projet. Après avoir inlassablement demandé un débat contradictoire avec le Conseil Général, 6 membres du collectif se sont mis en grèves de la faim pour obtenir la publication du rapport réalisé par le ministère de l’écologie. Trois d’entres eux ont tenu plus de 50 jours jusqu’à ce qu’ils obtiennent gain de cause. Ils se nomment Roland Fourcard, Christian Conrad et Gilles Olivet.

Tant qu’il y aura des bouilles (les zadistes) : Accusé injustement de débordements, ils sont loin des images de guerilleros vus ailleurs. Jeunes, pacifiques et déterminés, la lutte serait perdue s’ils n’étaient pas aussi engagés.

Des élus EELV dont Guillaume CROS, Président du groupe EELV au Conseil régional Midi-Pyrénées

Une poignée d’individus qui ont attaqué les gendarmes. Si je condamne leur violence, le gouvernement s’en sert aujourd’hui pour faire passer l’opposition de ce barrage pour des fanatiques, attitude déplorable.

3 Questions … au collectif « Pas Sans Nous »

Venus manifester devant l’Assemblée Nationale qui débattait de son budget, le Collectif Pas sans nous demande que 10% de la réserve parlementaire soit versée à des projets citoyens, dans les quartiers. L’occasion de poser 3 questions aux membres du collectif.

 

  1. Quel est le projet de la coordination nationale « Pas sans nous »?

La coordination nationale Pas sans nous a pour objectif la défense des droits et des intérêts communs des habitants des quartiers populaires sur l’ensemble du territoire français. Elle entend pour cela être une force de proposition et d’interpellation auprès des pouvoirs publics, notamment ceux en charge de la «politique de la ville». Elle entend être un porte-voix des habitants et acteurs des quartiers. Elle reprend les propositions du rapport « Pour une réforme radicale de la politique de la ville » et entend produire des propositions issues d’expériences locales,nationales et d’échanges entre acteurs, afin de faire évoluer la mise en œuvre de la politique de la ville.

 

  1. Pourquoi vous étiez à l’Assemblée Nationale hier ?

La coordination nationale Pas sans nous s’est rassemblée le mercredi 15 octobre devant l’Assemblée Nationale afin de remettre aux député-e-s français-e-s une pétition​ (1) demandant la création d’un « fonds d’interpellation citoyenne ». Ce fonds financerait toute initiative citoyenne locale ou nationale, contribuant au débat public. Le but est de soutenir la participation active de citoyens qui n’ont pas toujours les moyens de faire entendre leurs voix. Ce fonds soutiendrait ainsi le débat démocratique dans la société, sans rien coûter de plus aux contribuables français. Nous proposons en effet que ce soit un « pot commun » financé par  1% du financement public des partis politiques et 10% de la réserve parlementaire.

 

  1. Quelles suites pour ce projet ?

Lors de notre rassemblement devant l’assemblée nationale, nous avons pu remettre les pétitions au service du courrier de l’assemblée afin que l’ensemble des député-e-s puissent s’engager à soutenir ce fonds. Un des objectifs du fonds est d’éviter les dérives du système de subvention actuel, qui génèrent trop souvent des logiques clientélistes et partisanes. C’est pourquoi nous souhaitons organiser prochainement une conférence citoyenne afin de construire collectivement des règles de fonctionnement transparentes, équitables et démocratiques pour le futur fonds. Notamment en imposant la présence de citoyens dans sa gouvernance.

 

​(1) lien vers la pétition en ligne : http://www.change.org/p/gouvernement-fran%C3%A7ais-et-parlementaires-engagez-d%C3%A8s-aujourd-hui-la-cr%C3%A9ation-d-un-fonds-pour-l-interpellation-citoyenne​

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