3 questions à … Guillaume Cros, élu local opposé au barrage

GuillaumeCrosGuillaume Cros est président du groupe EELV au Conseil Régional Midi-Pyrénées.

Il nous raconte sa lutte.

 

 

 

 

Depuis quand et comment t’es-tu investi dans la lutte contre le barrage de Sivens? 

 

Mon investissement contre le projet de barrage de Sivens, avec EELV du Tarn, a commencé lors de la campagne des élections cantonales de 2011. Avec les autres candidat EELV, nous étions allés à la rencontre des associations opposées au barrage de Sivens mais également à d’autres projets imposés et inutiles tarnais comme le projet d’autoroute Castres-Toulouse ou encore le projet de méga-zone d’activités des Portes du Tarn.

 

Nous avons ainsi plusieurs fois interpellé les responsables politiques de ce projet, notamment au Conseil Régional, en demandant un moratoire sur le projet, de réelles études indépendantes, une vraie concertation mais également l’étude des alternatives proposées par le Collectif pour la Sauvegarde de la zone humide du Testet.

 

Nous sommes allés – tant avec les élu-es régionaux que le groupe local tarnais – à la rencontre des représentants de l’Etat dans le Tarn afin de dénoncer ce projet et les déclarations d’utilité publique signées sans tenir compte des avis scientifiques et citoyens. Les élu-es EELV se sont mobilisé-es, aux côtés du collectif, pour dénoncer les aberrations sur le fond, les passages en force sur la forme.

 

Le rapport des experts nous donnent aujourd’hui raison sur tout ce que nous disions avec les collectifs et associations environnementales depuis plus de deux ans. En 2011, nous ne pensions pas que cette lutte prendrait cette tournure, avec une montée des violences policières inacceptable qui ont abouti à la mort d’un jeune de 21 ans…

 

 

Après la mort de Rémi Fraisse qui nous a tous choqué justement, comment expliques-tu la violence des affrontements sur place? 

 

Depuis le 1er septembre, la violence n’a eu de cesse de s’amplifier sur le site du barrage et nous n’avons eu de cesse d’alerter les pouvoirs publics contre des dérives éventuelles, pouvant dégénérer à tout moment. Déjà en février et en mai dernier, lors de deux expulsions, les élu-es régionaux EELV avaient dénoncé les violences policières à l’encontre des militants pacifistes occupant la zone.

 

Expulsions non autorisées, harcèlements, confiscation illégale d’affaires personnelles, tirs tendus de tout type ; depuis deux mois nous avons assisté à une escalade de violence de la police quasiment sans limite.

 

Une question demeure : Pourquoi un tel passage en force ? J’émets deux explications :

 

Tout d’abord, en l’absence d’un réel débat démocratique, des tensions inévitables se sont créées. L’opposition autour du barrage de Sivens a mis en lumière un nouveau mode de résistance, celui d’une contestation citoyenne, d’une occupation non violente, d’une lutte nouvelle et inconnue tant par les autorités politiques que policières. Les militant-es écologistes présents sur la Zone à Défendre de Sivens – comme ceux de Notre Dame des Landes – développent une nouvelle forme de mobilisation qui prend sa force dans le partage et l’entre-aide, tant avec la nature que les autres. Les autorités ne savent pas comment y répondre et ne peuvent pas comprendre.

 

Mais l’explication la plus probante reste celle du poids des lobbies agricoles, des conflits d’intérêts notamment autour du maître d’œuvre de ce barrage, la CACG, mais aussi le fait que face à une mobilisation citoyenne – pas seulement active depuis deux mois mais depuis déjà deux ans – le gouvernement n’a pas voulu céder de crainte de créer un précédent.

 

Mais ce que notre gouvernement ne mesure pas, c’est que Sivens, avec Notre Dame des Landes ou encore le projet de Grand Stade à Lyon sont les premiers projets qui mettent en lumière une nouvelle forme de mobilisation citoyenne, consciente des enjeux environnementaux, climatiques et d’aménagement du territoire nécessaires pour demain. Le gouvernement ne trouve pas les réponses pour réussir enfin à écouter les préoccupations légitimes de ces opposants écologistes.

 

 

Quelles sont les revendications des opposants désormais? Comment peux-t-on vous aider?

 

Après la réunion de conciliation au Ministère de l’Environnement de ce mardi, de nombreuses questions restent en suspens. Alors que la construction du projet de barrage tel qu’il est envisagé n’est que suspendu, nous restons convaincu que seul l’arrêt total du projet actuel permettra de repartir sur des bases sereines pour enfin étudier les alternatives proposées sur la question de la ressource en eau et sur celle de l’adaptation de notre modèle agricole au changement climatique. La porte s’est toutefois entrouverte et nous serons très actifs, et je sais que les parlementaires écologistes le sont aussi, pour participer à la recherche des solutions qui permettront de retisser les liens sur notre territoire en répondant aux réels besoins.

 

Aujourd’hui, le débat est clairement nationalisé, les enjeux dépassent notre département et notre région. Les élus, les parlementaires, le parti et ses militants ont un rôle déterminant à jouer pour apaiser mais aussi agir pour qu’on ne se retrouve plus dans cette situation de crise grave. La volonté de Cécile de demander la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les violences policières à Sivens en est une illustration.

 

En France, la loi sur la déclaration d’utilité publique est malade ; une fois signée, elle ne permet plus la réflexion citoyenne autour des projets d’aménagements locaux. Il faut qu’une réflexion nouvelle s’engage et que l’on remette enfin à plat tous les modes de décision en termes d’aménagement du territoire. Nous sommes d’ors et déjà au travail pour y parvenir rapidement par la loi.

 

3 Questions … au collectif « Pas Sans Nous »

Venus manifester devant l’Assemblée Nationale qui débattait de son budget, le Collectif Pas sans nous demande que 10% de la réserve parlementaire soit versée à des projets citoyens, dans les quartiers. L’occasion de poser 3 questions aux membres du collectif.

 

  1. Quel est le projet de la coordination nationale « Pas sans nous »?

La coordination nationale Pas sans nous a pour objectif la défense des droits et des intérêts communs des habitants des quartiers populaires sur l’ensemble du territoire français. Elle entend pour cela être une force de proposition et d’interpellation auprès des pouvoirs publics, notamment ceux en charge de la «politique de la ville». Elle entend être un porte-voix des habitants et acteurs des quartiers. Elle reprend les propositions du rapport « Pour une réforme radicale de la politique de la ville » et entend produire des propositions issues d’expériences locales,nationales et d’échanges entre acteurs, afin de faire évoluer la mise en œuvre de la politique de la ville.

 

  1. Pourquoi vous étiez à l’Assemblée Nationale hier ?

La coordination nationale Pas sans nous s’est rassemblée le mercredi 15 octobre devant l’Assemblée Nationale afin de remettre aux député-e-s français-e-s une pétition​ (1) demandant la création d’un « fonds d’interpellation citoyenne ». Ce fonds financerait toute initiative citoyenne locale ou nationale, contribuant au débat public. Le but est de soutenir la participation active de citoyens qui n’ont pas toujours les moyens de faire entendre leurs voix. Ce fonds soutiendrait ainsi le débat démocratique dans la société, sans rien coûter de plus aux contribuables français. Nous proposons en effet que ce soit un « pot commun » financé par  1% du financement public des partis politiques et 10% de la réserve parlementaire.

 

  1. Quelles suites pour ce projet ?

Lors de notre rassemblement devant l’assemblée nationale, nous avons pu remettre les pétitions au service du courrier de l’assemblée afin que l’ensemble des député-e-s puissent s’engager à soutenir ce fonds. Un des objectifs du fonds est d’éviter les dérives du système de subvention actuel, qui génèrent trop souvent des logiques clientélistes et partisanes. C’est pourquoi nous souhaitons organiser prochainement une conférence citoyenne afin de construire collectivement des règles de fonctionnement transparentes, équitables et démocratiques pour le futur fonds. Notamment en imposant la présence de citoyens dans sa gouvernance.

 

​(1) lien vers la pétition en ligne : http://www.change.org/p/gouvernement-fran%C3%A7ais-et-parlementaires-engagez-d%C3%A8s-aujourd-hui-la-cr%C3%A9ation-d-un-fonds-pour-l-interpellation-citoyenne​